Remedios est l’une des plus anciennes villes de Cuba, fondée en 1513, et pendant la majeure partie de l’année elle incarne le Cuba colonial de province dans ce qu’il a de plus paisible — une place principale, un intérieur d’église magnifiquement doré, une poignée de casas particulares, et le bruit des sabots sur les pavés. La Plaza Isabel II est intime et parfaite ; l’Iglesia de San Juan Bautista dissimule un retable en feuille d’or qui rivalise avec tout ce qu’on peut voir à La Havane.
J’ai visité Remedios deux fois. La première en mars, quand la ville était si silencieuse que mes pas sur la place résonnaient contre les murs de l’église. Carmen, la propriétaire de la casa particular — une institutrice à la retraite —, semblait sincèrement surprise d’avoir un hôte et a tenu à préparer un déjeuner qui aurait pu nourrir quatre personnes. La deuxième visite, c’était le 24 décembre, pour les Parrandas. Même ville. Univers entièrement différent.

Quand décembre arrive, Remedios se transforme. Les Parrandas — le plus ancien festival de Cuba, qui remonte à 1820 — opposent deux quartiers dans une compétition d’escalade permanente de chars, de musique et de feux d’artifice qui violerait toutes les réglementations de sécurité du monde développé. Les spectacles sont véritablement époustouflants : d’immenses structures illuminées appelées trabajos de plaza, certaines atteignant quinze mètres de hauteur, des fanfares jouant de la polka, et suffisamment de pyrotechnie pour faire paraître le Nouvel An bien sage. Les deux quartiers — San Salvador et El Carmen — passent toute l’année à construire leurs chars en secret, et la révélation à minuit est accueillie par un rugissement que j’ai ressenti dans la poitrine à deux rues de là.
Les feux d’artifice ne ressemblent en rien aux spectacles ordonnés des célébrations européennes. Ils sont tirés depuis la rue, à courte portée, avec un enthousiasme pour le danger qui est quintessentiellement cubain. Je me suis abrité derrière un pilier en béton pendant une partie du spectacle. Les habitants, eux, sont restés à découvert en riant.

Pendant les mois plus calmes, Remedios récompense l’exploration lente. Le Museo de las Parrandas retrace les deux cents ans d’histoire du festival avec des photographies, des costumes et des maquettes de chars anciens. L’intérieur de l’église est extraordinaire — la feuille d’or a été appliquée au XVIIIe siècle et rayonne d’une chaleur qui ressemble moins à de la décoration qu’à de la dévotion rendue visible.
Le Cayo Santa María tout proche offre des plages immaculées pour se ressourcer, relié par une chaussée de quarante-huit kilomètres qui traverse des eaux turquoise peu profondes. Le contraste est saisissant et merveilleux — passer d’une ville où le temps avance à la vitesse d’un rocking-chair à une plage où il s’arrête complètement.

Quand y aller : Fin décembre pour les Parrandas (généralement le 24 décembre). De novembre à avril pour les visites en général. Les cayos sont au mieux de décembre à mai.