Cienfuegos ne ressemble pas au reste de Cuba — ses fondateurs coloniaux français lui ont donné une élégance néoclassique et un plan en damier qui la distinguent du baroque espagnol de La Havane et de Trinidad. En tant que Français, j’ai éprouvé une familiarité inattendue en parcourant ses rues à arcades. Les proportions, les colonnes, la façon dont les bâtiments s’ouvrent sur la rue — il y a quelque chose de Bordeaux ici, transplanté aux Caraïbes et laissé évoluer d’une manière que les architectes d’origine n’auraient jamais imaginée.
Le Parque José Martí est l’une des plus belles places de Cuba, encerclée par le Teatro Tomás Terry (qui accueille encore des représentations), la cathédrale et l’ancien Casino Español palatial. Le centre historique classé à l’UNESCO est compact et agréable à parcourir à pied, ses colonnes et ses arcades offrant une ombre bienvenue. J’ai passé un après-midi au Teatro Terry — l’intérieur, avec son plafond à fresques et ses balcons en gradins, est étonnamment bien conservé, et l’acoustique est si belle que même la balance sonore à laquelle j’ai assisté par hasard avait des airs de représentation.

La péninsule de Punta Gorda, qui s’avance dans la baie, abrite l’architecture la plus extravagante de la ville : le Palacio de Valle, une fantaisie mauresque-gothique-vénitienne construite par un négociant en sucre, et le Club Cienfuegos des années 1950 où des mojitos sont servis sur une terrasse aérée avec vue sur l’eau. Le Palacio de Valle est architecturalement délirant dans le meilleur sens du terme — on dirait que quelqu’un a décrit l’Alhambra, le Palais des Doges et une maison de plantation caribéenne à un architecte en lui demandant de combiner les trois. Le bar sur le toit, avec une vue à 360 degrés sur la baie, est le meilleur endroit pour prendre un verre au coucher du soleil dans le sud de Cuba.
La baie elle-même — la plus grande de la côte sud cubaine — est bordée de mangroves et offre du kayak et des excursions en bateau. L’eau est calme et chaude, et le coucher de soleil sur la baie, contemplé depuis le Malecón ou depuis une barque, teinte toute la scène d’ambre et de rose.

À proximité, les cascades d’El Nicho dans les montagnes de l’Escambray offrent un bain en pleine jungle qui vaut largement la piste cahoteuse pour y accéder. Les bassins sont naturels, l’eau est froide selon les critères cubains, et la randonnée à travers la forêt — orchidées, fougères, bruit de l’eau qui grandit — est l’une des meilleures courtes promenades de l’île. J’y suis allé un mardi matin et j’ai eu les chutes pour moi seul pendant trente minutes avant l’arrivée des cars de touristes.
Cienfuegos est la ville cubaine que je recommanderais le plus volontiers à quelqu’un qui trouve La Havane écrasante. Elle est élégante sans être intimidante, cultivée sans être prétentieuse, et suffisamment petite pour que deux jours paraissent généreux plutôt que précipités.

Quand y aller : De décembre à avril pour la saison sèche. Cienfuegos est moins humide que La Havane grâce aux brises de la baie. Le festival de musique Benny Moré en septembre célèbre le fils préféré de la ville.