Narrow winding streets and colonial architecture in Camaguey's historic center
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Camaguey

"Les rues ont été conçues pour semer les pirates. Elles fonctionnent encore."

Camaguey rompt avec le plan colonial en damier de Cuba — ses rues tournent, virent, s’arrêtent en impasse et reviennent sur elles-mêmes, conçues paraît-il pour dérouter les pirates qui pillaient la ville. Le résultat est une vieille ville inscrite au patrimoine mondial qui évoque davantage une médina maure qu’une cité coloniale espagnole, ses ruelles débouchant à l’improviste sur des places, des églises et des cours intérieures. Les tinajones — d’immenses jarres en argile, certaines assez grandes pour s’y baigner — sont partout, symbole de la ville et héritage pratique d’une époque de pénurie d’eau.

Je me suis perdu au bout d’un quart d’heure et je suis resté perdu pendant deux jours. Ce n’est pas une plainte — c’est une recommandation. Camaguey est la ville cubaine qui m’a le plus rappelé Fès ou Essaouira, ces endroits où la désorientation est le propos, où chaque mauvais tournant révèle une cour avec un fromager, une église dont on ignorait l’existence, ou un vieux monsieur jouant aux dominos qui vous fait signe de venir pour vous expliquer l’histoire du quartier dans un espagnol mitraillette dont je comprenais à peu près soixante pour cent.

Narrow colonial streets winding through Camaguey's old town

L’identité culturelle est fière et distincte. Camaguey a produit certains des meilleurs écrivains, danseurs et artistes de Cuba, et le Ballet de Camaguey est la deuxième compagnie du pays. J’ai assisté à une répétition — ouverte au public, gratuite, dans un théâtre colonial — et j’ai regardé des danseurs d’un calibre extraordinaire préparer un spectacle qui serait joué devant un public payant l’équivalent de cinquante centimes. Les églises sont nombreuses et belles — Nuestra Señora de la Merced et l’Iglesia de San Juan de Dios sur son exquise place pavée sont les incontournables.

Les tinajones méritent leur propre paragraphe. Ces immenses récipients en argile, dont certains datent du XVIIe siècle, servaient à recueillir l’eau de pluie — une nécessité dans une ville éloignée des grands fleuves. On les trouve dans les cours, aux coins des rues et dans la mythologie locale. La légende veut que si vous buvez l’eau d’un tinajon, vous reviendrez à Camaguey. J’ai bu. Je ne suis pas encore revenu. Mais l’appel est réel.

Colonial church architecture and plaza in Camaguey

La ville est assez grande pour s’y perdre des jours sans l’épuiser, mais assez petite pour que se perdre mène toujours quelque part d’intéressant — ce qui était peut-être le problème des pirates. La Plaza del Carmen, avec ses sculptures en bronze grandeur nature de Camagueyanos ordinaires, est l’un des espaces publics les plus charmants de Cuba. Les paladares ici sont sans prétention et excellents — j’ai mangé la meilleure ropa vieja de tout mon voyage dans un salon familial avec des chaises en plastique et une télévision diffusant un feuilleton en fond sonore.

Ce qui me reste de Camaguey, c’est cette autosuffisance. C’est une ville qui ne joue pas la comédie pour les visiteurs. Elle a son propre rythme, sa propre fierté, sa propre façon de faire de l’art, de la cuisine et de la conversation. Les touristes sont rares, les expériences sont authentiques, et les tinajones sont immenses.

Traditional clay pottery and tinajones

Quand y aller : De novembre à avril pour la saison sèche. Camaguey est moins fréquentée que La Havane ou Trinidad — n’importe quelle période de l’année offre une expérience authentique et sans foule.