Baracoa
"Colomb a débarqué ici en premier. Le reste de Cuba n'a toujours pas rattrapé son retard."
Baracoa est le commencement de Cuba — la première ville fondée par les Espagnols en 1511, et toujours la plus isolée, accessible uniquement par une route de montagne spectaculaire taillée dans la Sierra del Purial dans les années 1960. Le bourg s’enroule autour d’une baie dominée par la montagne à sommet plat El Yunque, un repère que Colomb aurait noté dans son journal de bord. L’isolement a préservé quelque chose de rare : un rythme de vie, une cuisine et un rapport à la forêt environnante qui n’existent nulle part ailleurs sur l’île.
Arriver à Baracoa fait partie de l’expérience. La route depuis Santiago de Cuba, appelée La Farola, fut l’un des premiers grands chantiers de la révolution — une route sinueuse accrochée aux crêtes montagneuses, traversant des vallées fluviales sur des ponts qui ressemblent à des actes de foi. Les paysages sont extraordinaires, et l’arrivée, après des heures de virages et de versants verts, a quelque chose de mérité qu’on ne ressent que rarement.

Le cacao est la signature de Baracoa — le chocolat est fabriqué localement et se retrouve dans tout, des boissons aux sauces. Le cucurucho, une friandise de noix de coco, de miel et de fruits enveloppée dans un cône de feuille de palmier, est le snack emblématique de la ville. J’en ai acheté un à une femme qui en vendait au bord de la route et c’était si bon que j’y suis retourné trois fois. La culture du cacao ici précède l’intérêt touristique de plusieurs siècles — des familles le cultivent et le transforment dans les collines au-dessus du bourg depuis l’époque coloniale, et la locale usine de chocolat Che Guevara produit des tablettes rustiques, intenses, sans aucun rapport avec ce qu’on trouve dans les confiseries européennes.
Les rivières alentour — le Toa, le plus long de Cuba — offrent des sorties de kayak en forêt tropicale vierge, et le Parc national Alejandro de Humboldt, site UNESCO, protège l’une des forêts les plus riches en biodiversité des Caraïbes. J’ai randonné avec un guide local nommé Yusniel qui reconnaissait chaque oiseau à son chant et chaque plante médicinale au toucher. Les escargots polimita — leurs coquilles peintes en spirales jaunes, rouges et noires — sont endémiques de cette région et protégés, mais on en voit sur chaque buisson le long du sentier.

Le bourg lui-même est assez petit pour être parcouru en une heure, mais assez riche pour occuper plusieurs jours. Le Malecón ici est plus court et plus calme que celui de La Havane — un quai incurvé où des pêcheurs lancent leurs lignes au coucher du soleil et où des adolescents sautent dans la baie. La Cathédrale de Nuestra Señora de la Asunción abrite ce que les habitants appellent la Cruz de la Parra, la croix que Colomb aurait plantée en débarquant. La cuisine est distincte du reste de Cuba — la noix de coco remplace le saindoux, le cacao s’invite dans les plats salés, et les fruits de mer sont aussi frais que la géographie l’impose.
La vie nocturne, c’est un bar, une sono et toute la ville. Ce fut la meilleure soirée que j’ai passée à Cuba.

Quand y aller : De décembre à avril pour le temps le plus sec, bien que Baracoa soit la ville la plus pluvieuse de Cuba et que la pluie soit possible à n’importe quel moment. L’isolement signifie moins de touristes tout au long de l’année.