Toronto
"Toronto, c'est le monde en une seule ville — chaque culture, chaque cuisine, chaque langue."
La plus grande force de Toronto, ce sont ses quartiers, et ce ne sont pas les « quartiers ethniques » aseptisés et gentrifiés que la plupart des villes nord-américaines offrent en guise de preuve de leur diversité. Les étals bohèmes de Kensington Market semblent encore genuinement anarchiques — friperies, épiciers caribéens et une fromagerie tenue par un homme qui vous expliquera la différence entre le cheddar du Québec et celui de l’Ontario avec le sérieux d’un sommelier bordelais. Les épiciers de Chinatown débordent sur les trottoirs. Les trattorias de Little Italy servent des pâtes approuvées par la nonna. Le quartier grec sur le Danforth se remplit de l’odeur du souvlaki et du bruit des disputes sur le football. Chaque quartier crée un monde distinct à quelques rues du suivant, et les transitions se font sans prévenir et sans s’en excuser.
En vivant à Mexico, j’ai compris ce que ressent une ville genuinement multiculturelle — la façon dont les différentes cultures se superposent et s’entremêlent pour créer quelque chose de neuf dans les espaces intermédiaires. Toronto fait cela avec une compétence tranquille qui mérite davantage d’attention. Plus de la moitié de la population de la ville est née en dehors du Canada. Plus de 200 langues y sont parlées. Ce n’est pas une statistique — c’est une saveur, une texture, une façon qu’a la ville de sonner quand on la traverse les oreilles ouvertes.

La nourriture
La scène gastronomique est extraordinaire dans sa diversité, et c’est le meilleur argument en faveur de l’immigration qu’un pays ait jamais produit. Les petits pâtés jamaïcains de Scarborough — les bœuf chez Randy’s, feuilletés, poivrés et parfaits — soutiendraient la comparaison avec n’importe quelle street food des Caraïbes. Le barbecue coréen à Koreatown sur Bloor, où l’on fait griller son propre galbi à minuit et où la ventilation peine à suivre. L’injera éthiopienne dans Danforth East, les hoppers tamouls à Scarborough, les mantu afghans à North York. Les banlieues de la ville sont là où se passe la restauration la plus excitante, et quiconque reste dans le centre passe à côté de l’essentiel.
Mais la gastronomie a rattrapé le niveau. Alo, juché au-dessus de l’avenue Spadina, tient sa place face à n’importe quel restaurant de menu dégustation en Amérique du Nord. Canoe, dans la TD Tower, sert des produits canadiens avec une vue qui s’étire jusqu’au lac. Et le St. Lawrence Market, ouvert depuis 1803, reste l’un des grands marchés publics du continent — le sandwich au peameal bacon de Carousel Bakery est la bouchée la plus essentielle de Toronto, et la file d’attente à sept heures du matin un samedi vous dit tout ce qu’il y a à savoir sur ce que cette ville considère comme important.

La culture
L’offre culturelle est formidable et de plus en plus impossible à ignorer. Le Musée royal de l’Ontario abrite l’une des grandes collections d’histoire naturelle du monde sous l’extension cristalline de Daniel Libeskind. Le Musée des beaux-arts de l’Ontario, redessiné par Frank Gehry — natif de Toronto —, réunit aussi bien les lumineux paysages canadiens du Groupe des Sept qu’une collection Henry Moore qui rivalise avec celle de Londres. Le TIFF, le Festival international du film de Toronto, est devenu le festival de cinéma public le plus important au monde, l’endroit où les campagnes aux Oscars se lancent et où le public voit des films avant que la critique ait décidé quoi en penser.
Les bâtiments industriels victoriens du Distillery District — jadis la plus grande distillerie du monde — abritent aujourd’hui des galeries, des cafés et des boutiques artisanales dans un périmètre entièrement piéton qui réussit à paraître authentique malgré la reconversion. La scène théâtrale le long de King Street rivalise avec Broadway en tout, sauf dans l’autopromotion. Et les Îles de Toronto, à quinze minutes de ferry du centre-ville, offrent une échappée sans voitures avec des vues sur le skyline depuis le port qui donnent à la ville l’air d’une peinture d’elle-même.

Quand y aller : De juin à septembre pour la chaleur et les festivals en plein air. L’automne apporte un feuillage spectaculaire, notamment à High Park et dans le réseau de ravines. L’hiver est froid mais la ville bourdonne en intérieur — le TIFF se tient en septembre et les marchés de Noël réchauffent décembre.