The illuminated Château Frontenac rising above the snow-covered rooftops of Old Quebec at dusk, with ice sculptures glowing along the Grande-Allée in the blue winter light
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Québec en hiver

"Québec transforme sa saison la plus froide en la plus festive — le Carnaval est la preuve que l'on peut apprivoiser le froid."

J’ai longtemps associé l’hiver à quelque chose qu’il faut endurer. Le Mexique m’avait déshabitué de ce réflexe de résistance. Alors quand Lia a réservé des billets pour Québec en février — février, le mois le plus cruel du calendrier canadien — j’ai cru qu’elle avait momentanément perdu la tête. Elle n’avait rien perdu du tout. Elle avait simplement fait ses recherches.

La ville qui a inventé le Carnaval d’hiver

La rue Saint-Louis, dans la Haute-Ville, est recouverte d’une neige tassée jusqu’aux chevilles, piétinée tant de fois qu’elle a pris la texture du vieux marbre. Le froid ici n’est pas le froid gris et humide de Paris en novembre — il est sec et précis, un froid qui clarifie plutôt qu’il n’étouffe. Par moins dix-huit, on sent l’intérieur de ses narines à chaque inspiration, et c’est, étrangement, loin d’être désagréable.

Le Carnaval de Québec dure dix-sept jours à la fin janvier et en février, et la ville s’y engage avec une conviction qui frise le théologique. Bonhomme, le bonhomme de neige rebondi à tuque rouge et ceinture fléchée, surgit à chaque coin de rue. Des sculpteurs de glace venus du monde entier officient à la tronçonneuse et au ciseau dans le Parc de la Francophonie, et leurs œuvres — un phénix de deux mètres, un jeu d’échecs grandeur nature — luisent de bleu-vert sous les projecteurs nocturnes. Je suis resté planté devant une réplique en glace du Château Frontenac plus longtemps que je ne veux l’admettre, à regarder la vapeur s’élever du chocolat chaud d’un inconnu.

La surprise sur les plaines d’Abraham

Je n’avais pas prévu les glissades. Les toboggans descendent depuis la terrasse derrière le Château Frontenac vers le Saint-Laurent d’une façon qui paraît franchement imprudente — on s’allonge à plat ventre sur un traîneau en bois pour quatre personnes et la ville devient un flou de lumières et d’air froid et des cris de la personne devant soi. Lia est descendue deux fois. Moi quatre, et j’y ai perdu un gant.

Ce que je n’avais pas non plus prévu, c’est le silence. Passé neuf heures du soir, quand les files d’attente des glissades se sont vidées et que les bars de glace ont fermé, les plaines d’Abraham s’étendaient sous un ciel trop dégagé et trop vaste pour une ville. La neige retenait la lumière venue de quelque part — le Château, les étoiles, impossible à dire — et le silence était ce silence particulier des endroits froids, qui n’est pas tout à fait un silence mais l’absence de tout ce qui est doux.

La cabane à sucre et la logique de la chaleur

La cabane à sucre est la réponse à l’hiver que le Québec a trouvée il y a des siècles : remplir une cabane en bois de gens, faire bouillir de grosses marmites en fonte de sirop d’érable, et manger jusqu’à ce que le froid du dehors devienne théorique. Celle que nous avons visitée aux abords de la ville servait du cipaille, de la tourtière, des fèves au lard et de la tire sur la neige — du caramel d’érable coulé chaud sur un lit de neige et enroulé autour d’un bâton avant qu’il ne durcisse. C’est la forme de plaisir la plus directe que j’aie jamais rencontrée.

Quand y aller : De la fin janvier à la mi-février pour le Carnaval à proprement parler, quand les sculptures sur glace sont au plus beau et que les glissades tournent à plein régime. Le froid est sévère mais la ville est construite pour ça — habillez-vous en vraies couches et il devient partie de l’expérience plutôt qu’un obstacle à celle-ci.