Le Parc national de Banff offre les Rocheuses canadiennes dans leur version la plus spectaculaire, et je le dis en tant que quelqu’un qui a grandi en France et qui connaît les Alpes sous tous les angles imaginables. Rien en Savoie, rien dans les Dolomites, ne prépare à la couleur du lac Louise. C’est un turquoise glaciaire qui ressemble à une erreur de rendu dans une simulation par ailleurs réaliste — provoqué par la farine de roche en suspension dans l’eau de fonte, vous dira-t-on, et l’explication n’atténue en rien le choc. Le glacier Victoria domine la rive opposée, vêlant imperceptiblement dans une eau si froide qu’elle fait mal au toucher, et l’ensemble a la qualité de quelque chose qui ne devrait pas exister en dehors d’un fond d’écran.
Le lac Moraine est, si possible, encore plus beau. Plus petit, plus intime, niché dans la Vallée des Dix Pics où les montagnes se serrent comme pour poser sur une photo de groupe. Le billet de vingt dollars canadiens arborait autrefois cette vue, et l’on comprend pourquoi — c’est le genre de paysage qui vous fait soupçonner que l’office de tourisme a fait preuve de retenue. Je suis arrivé à six heures du matin pour devancer les foules et j’avais la rive presque pour moi seul, l’eau parfaitement immobile, les reflets si nets qu’ils paraissaient plus réels que les montagnes elles-mêmes.

La Promenade des Champs de Glace
La route de Banff à Jasper par l’Icefields Parkway est régulièrement désignée comme l’une des plus belles du monde, et elle mérite ce titre sans le chercher. Deux cent trente kilomètres de cascades alimentées par des glaciers, de prairies alpines, et de sommets qui apparaissent l’un après l’autre comme des mouvements d’une symphonie qui refuse de se conclure. Le Champ de glace Columbia — visible depuis la route, accessible en excursion guidée — est l’une des plus grandes masses de glace au sud du cercle polaire arctique, alimentant des rivières qui rejoignent finalement trois océans distincts. Arrêtez-vous au lac Peyto, où la plateforme d’observation offre un panorama turquoise si vif qu’il frise l’absurde. Arrêtez-vous au Mur des Pleurs. Arrêtez-vous partout. Ce n’est pas une route que l’on emprunte pour aller vite.

Le Village
Le village de Banff est charmant et compact, perché à 1 400 mètres dans la vallée de la Bow, avec des montagnes visibles depuis chaque rue. Les sources thermales supérieures de Banff attirent des visiteurs depuis les années 1880 — se baigner dans une eau minérale naturellement chaude en contemplant le mont Rundle est le genre d’expérience qui vous fait vous demander pourquoi vous vivez en ville. La scène gastronomique a largement dépassé les attentes d’une station touristique : gibier, bœuf de l’Alberta et bières artisanales qui bénéficient de l’eau de montagne. Des élans déambulent dans les rues avec une nonchalance qui suggère qu’ils étaient là les premiers et n’ont pas l’intention de partir.
Les randonnées estivales vont de la promenade tranquille au bord des lacs aux ascensions sérieuses au-dessus de la limite des arbres — le sentier du col Sentinel depuis le lac Moraine gagne 800 mètres de dénivelé et vous récompense par une vue qui efface toutes les plaintes de vos jambes. L’hiver apporte un ski de niveau mondial à Sunshine Village et au Lake Louise Resort, des journées de poudreuse qui rivalisent avec les meilleures des Alpes européennes.

Quand y aller : De juin à septembre pour la randonnée. De décembre à mars pour le ski. Le lac Louise est le plus coloré en juillet et août. Septembre apporte les mélèzes dorés en altitude et moins de monde — sans doute le secret le mieux gardé des Rocheuses.