Battambang
"Le train en bambou était absurde, la cuisine était sublime, et les gens étaient extraordinaires."
Battambang est le Cambodge que la plupart des voyageurs ne voient jamais, et ceux qui le découvrent ont tendance à en faire l’éloge. La ville s’étire le long du fleuve Sangker, son centre formant une grille de bâtiments coloniaux français défraîchis qui se réinventent en galeries, cafés et entreprises sociales. L’architecture seule vaut le détour — des façades pastel aux persiennes à lames, des balcons en fer forgé, et cette élégance particulière du design provincial français transporté sous les tropiques et laissé à vieillir dans l’humidité. À me promener dans la rue principale en fin d’après-midi, quand la lumière devient dorée et que les devantures s’ouvrent à l’air du soir, j’ai ressenti une quiétude que Siem Reap a perdue depuis longtemps.
Le cirque Phare Ponleu Selpak — une école des arts du spectacle fondée par des survivants du conflit — propose des spectacles qui sont bruts, joyeux et inoubliables. Les artistes sont de jeunes Cambodgiens formés ici depuis l’enfance, et les numéros mêlent la narration traditionnelle khmère au cirque contemporain d’une façon qui m’a d’abord fait rire, puis, sans crier gare, m’a serré la gorge. C’est un art né du trauma, et il possède une force que les productions policées ne peuvent pas atteindre.

Nous avons emprunté le train en bambou, un engin à rail unique propulsé par un petit moteur qui cahote à travers les rizières à une allure propice à la contemplation. Quand deux trains se croisent sur la voie unique, le plus léger est simplement démonté et mis de côté pour laisser passer l’autre — une solution si pragmatique qu’elle frôle la philosophie. La campagne autour de Battambang est parsemée de temples anciens : Wat Banan, un Angkor en miniature perché sur une colline avec cinq tours et un escalier de 358 marches, et Phnom Sampeau, une montagne trouée de grottes et chargée d’une histoire douloureuse. La grotte de la mort de Phnom Sampeau est aussi éprouvante que Tuol Sleng, et les chauves-souris qui s’échappent de la montagne au crépuscule en une colonne noire en spirale — des millions d’entre elles, pendant vingt minutes d’affilée — constituent l’un des spectacles naturels les plus extraordinaires du Cambodge.
Mais c’est la cuisine qui a défini notre séjour. Battambang est considérée comme la capitale culinaire du Cambodge, et les nouilles ici — num banh chok, des nouilles de riz fraîches avec une sauce au curry vert à base de poisson et un enchevêtrement de légumes crus — frisent l’art. Nous les avons mangées à un étal de marché où la femme qui les préparait le faisait depuis quarante ans, et la saveur était nette et complexe d’une façon qu’aucune version de restaurant n’a jamais égalée. Les oranges de la province de Battambang sont célèbres dans tout le Cambodge, et le poisson séché du fleuve Sangker est un mets que je n’aurais jamais songé à chercher.

Quand y aller : De novembre à mars, le temps est sec et agréable. Le bateau depuis Siem Reap circule pendant la saison des pluies (de juillet à novembre) et offre un voyage spectaculaire à travers des paysages inondés. Le cirque se produit presque tous les soirs toute l’année.