Bariloche
"Bariloche, c'est comme si la Suisse avait décidé de déménager en Patagonie en emportant le chocolat."
San Carlos de Bariloche est installée au bord d’un paradoxe. L’architecture est alpine — des chalets aux toits pentus, bâtis en pierre locale et en bois sombre, leurs jardinières éclatantes de géraniums en été. Les chocolateries qui bordent la Calle Mitre pourraient avoir été transplantées telles quelles depuis Zurich. Et pourtant le lac qui ancre la ville, le Nahuel Huapi, est alimenté par des glaciers qui drainent les Andes patagoniennes, et les forêts qui grimpent sur ses rives ne sont pas des pins européens mais des coihues, des lengas et les araucarias ancestraux, des arbres qui étaient vieux quand les dinosaures ont disparu. Bariloche emprunte l’esthétique des Alpes et la pose sur une nature sauvage qui est indéniablement, farouchement sud-américaine.
Le Nahuel Huapi lui-même est le chef-d’œuvre de la région. Long de plus de cent kilomètres, le lac s’étire vers l’ouest dans un labyrinthe de bras semblables à des fjords et de baies secrètes, son eau oscillant entre des bleus et des verts impossibles selon la profondeur, la météo, l’angle de la lumière. Les matins calmes, les sommets alentour — le dôme glacé du Cerro Tronador, la crête dentelée du Cerro Lopez, le cône parfait du Cerro Otto — se reflètent à la surface avec une netteté qui brouille la frontière entre paysage et hallucination. Des excursions en bateau traversent jusqu’à l’Isla Victoria et le Bosque de Arrayanes, un bois de myrtes à l’écorce cannelle qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre, leurs troncs lisses frais au toucher et vaguement parfumés.

Le Circuito Chico est la route qui explique pourquoi les gens tombent amoureux de cet endroit et ne s’en remettent jamais complètement. Une boucle de soixante kilomètres qui part et revient à Bariloche, serpentant le long du lac à travers des forêts de coihues drapées de lichens barbus, devant des plages rocheuses où l’eau est si transparente qu’on peut compter les galets au fond, et montant vers des belvédères où le district des lacs se déploie en contrebas en une tapisserie d’eau bleue et de forêt verte qui semble peinte plutôt que réelle. À mi-parcours se trouve le Llao Llao Hotel, ce complexe légendaire perché sur une péninsule boisée entre deux lacs, sa façade de bois sombre et ses jardins soignés irradiant ce luxe discret que l’argent seul ne peut acheter — il faut un cadre, et celui-ci est sans pareil.
La Ruta de los Siete Lagos — la Route des Sept Lacs — prolonge le festin visuel vers le nord en direction de San Martin de los Andes. L’itinéraire serpente entre les lacs Correntoso, Espejo, Villarino, Falkner, Machonico, Hermoso et Lacar, chacun avec son propre caractère et sa propre couleur, chacun encadré par une composition différente de sommets et de forêts. En automne, les lengas embrasent les collines de cuivre et de flamme, et la route devient l’une des plus belles d’Amérique du Sud, point final.
L’hiver transforme Bariloche entièrement. Le Cerro Catedral, la plus grande station de ski d’Amérique du Sud, s’élève à vingt kilomètres à peine du centre-ville, ses pistes allant de douces damées à du vrai hors-piste au-dessus de la limite des arbres. La ville se remplit de familles argentines en vacances scolaires, les chocolateries tournent à plein régime, et les restaurants à fondue — oui, l’influence suisse s’étend jusqu’au menu — embuent leurs vitres contre le froid. Il y a quelque chose de profondément satisfaisant à skier dans la poudreuse patagonienne toute la journée et à revenir dans une cerveceria aux murs de pierre pour une pinte de stout artisanale brassée avec du houblon local.
La scène brassicole artisanale, en fait, est devenue une destination à part entière. Des dizaines de microbrasseries ont fleuri autour du district des lacs, nombre d’entre elles installées dans des taprooms chaleureux aux boiseries, où des brasseurs barbus servent des IPA patagoniennes, des ales écossaises et des porters fumées accompagnées de truite fumée et de fromage local. La région s’est taillé le titre de capitale argentine de la bière artisanale, et la qualité justifie la prétention.

Et puis il y a le chocolat. Les chocolatiers de Bariloche prennent leur travail au sérieux — des rangées de truffes artisanales, d’écorces, de bonbons et de chocolat chaud assez épais pour y faire tenir une cuillère, le tout produit avec cette fierté artisanale qui transforme une confiserie en lieu de pèlerinage. Un après-midi passé à dériver entre les chocolaterias de la Calle Mitre, goûtant au passage, n’est pas de l’indulgence mais de la recherche culturelle.

Quand y aller : De juin à septembre pour le ski et une atmosphère douillette sous la neige. De décembre à mars pour la randonnée, le kayak et les journées ensoleillées au bord du lac. Avril est spectaculaire pour le feuillage d’automne — les forêts de lengas embrasent les collines d’un feu lent d’or et de rouge.